Suite à l’échec cuisant de mes premières ruches, j’avais donc pris la décision de me former en apiculture. Il fallait que j’arrive à prendre soin correctement des abeilles qui me restaient suite au fiasco de l’hiver 2022. Et avant de me lancer dans la formation professionnelle, j’entrepris de me former auprès d’une association d’apiculteurs amateurs.
Le Rucher École de Gelos
Dans la ville voisine de la nôtre, à Gelos, il existe un rucher-école : le Rucher Ecole du Béarn. C’est une association qui met en place un programme de cours sur l’apiculture amateure, tout au long de la saison apicole. Les intervenants sont des apiculteurs amateurs avec pas mal de bouteille, mais aussi des professionnels de l’apiculture qui viennent ponctuellement.

Différentes thématiques sont abordées, telles que :
- Les éléments indispensables pour débuter l’apiculture,
- Les différents goûts du miel,
- les insectes pollinisateurs,
- la visite de printemps,
- la lutte contre le varroa,
- augmenter son cheptel grâce aux divisions,
- les causes de l’essaimage
- et bien d’autres encore !
Pour se former en apiculture, (mais sur le terrain cette fois !) le Rucher Ecole de Gelos possède un rucher sur lequel des interventions sont prévues tout au long de l’année avec les adhérents. Une façon d’avoir un premier contact encadré avec les abeilles.
Le Rucher Ecole met également à disposition de ses adhérents une miellerie associative. Egalement située à Gelos, cette miellerie équipée de tout ce qu’il faut pour extraire son miel est très pratique ! Avoir une miellerie chez soi, c’est vraiment du luxe. En effet, le matériel coûte cher, et puis, il faut avoir une pièce supplémentaire assez spacieuse avec des normes sanitaires strictes. Pour l’instant, au Rucher de Bonheur, nous n’avons ni le budget, ni la place pour avoir une miellerie sur place. Pouvoir bénéficier de la miellerie associative du Rucher Ecole est donc une chance pour nous !
C’est donc grâce au Rucher Ecole de Gelos, entre les rencontres théoriques en salle et les visites au rucher, que j’ai commencé à me former en apiculture. J’ai ainsi pu rebondir de mon premier échec. En 2023, j’ai réussi à faire 6 ruches de mes 2 survivantes ! Un grand merci aux intervenants du Rucher Ecole et tout particulièrement à son Président, Alain, qui a également été mon tuteur 🙂
Mes premières récoltes de miel et de pollen avec le GAEC Ty Askell
A l’été 2023, j’ai également eu la chance de faire mon premier stage d’une semaine chez un apiculteur professionnel à Buziet : le GAEC Ty Askell, chez Renan et Anne-Gaëlle. Ça a été très court, mais très riche ! En plus de la réparation des cadres et de l’étiquetage des pots en atelier, nous sommes allés sur les ruchers pour faire des visites, mais aussi récolter le pollen et le miel ! J’ai également eu la chance de pouvoir participer à l’extraction du miel 😋. Cette expérience a été mon premier pas dans l’apiculture professionnelle, j’ai pu me rendre compte du quotidien d’un apiculteur.
L’apiculteur dépend de la météo !
L’apiculteur est tributaire de la météo, ce qui est parfois compliqué et frustrant ! J’ai fait mon stage chez eux à la période de la récolte. J’avais qu’une hâte, c’était d’aller récolter les hausses de miel aux ruchers ! Malheureusement, le temps n’était pas vraiment de la partie. Il faisait assez gris et humide, avec parfois, de la pluie. Mauvaise idée de récolter le miel par mauvais temps ! D’une part, les abeilles risquent d’être énervées et d’autre part, un miel trop humide n’est pas bon à être récolté.
En effet, un taux trop élevé d’humidité, et c’est la fermentation assurée ! Il faut donc attendre qu’il fasse bien sec avec un beau soleil pour récolter le miel. Chaque matin, en me levant, j’avais comme une petite pointe de déception, car je savais qu’on ne récolterait pas (encore !) aujourd’hui. Finalement, à la fin de mon stage, le temps était enfin de la partie ! Nous avons pu aller « démieller », c’est-à-dire aller récolter le miel sous un grand soleil ! Quelle expérience ! Nous avons transpiré, eu chaud et soif. Mais quelle satisfaction de déposer toutes ces hausses pleines de miel dans la miellerie !
Une hausse pleine de miel, c’est lourd !
Et oui, le miel, ça pèse ! Une hausse peut contenir jusqu’à 18 kg de miel. On ajoute à cela le poids de la hausse vide, environ 2 kg, et on arrive à 20 kg par hausse ! Et je suis sûre que certaines étaient plus lourdes ! Bon, j’avoue que je n’étais pas prête pour porter autant de poids dans une seule journée ! Surtout qu’à la base, je ne suis pas très musclée, c’était vraiment fatigant. Cela a toutefois été un moment merveilleux, ma première récolte !
En agriculture : ton corps est ton meilleur allié !
A ce moment, j’ai quand même eu des doutes sur mes capacités physiques à faire de l’apiculture mon métier… Même si c’est mon rêve, il y avait là un risque pour ma santé. Surtout que j’avais déjà des problèmes de dos latents. Et avec des ports de charges, parfois assez lourdes, il fallait que je me pose la question.
C’était un vrai questionnement. Est-ce que mon corps tiendra le coup ? Pour combien de temps ? J’ai donc fait des examens médicaux pour aller à la source du problème et pouvoir le régler. Je me suis mise au pilates et au yoga (ça a tellement changé ma vie !). Et je fais même du renforcement musculaire ciblé grâce à ma kiné ! Aujourd’hui, mon corps change, il se muscle et s’assouplit. Je peux ainsi attaquer sereinement la saison apicole et éviter les blessures dues aux ports de poids. Notre corps est modulable, si on prend le temps de faire ce qu’il faut. Il est nécessaire d’en soin, surtout en agriculture, car c’est notre outil de travail le plus précieux !
Il faut dire aussi que j’ai la chance également d’avoir un mari exceptionnel ! <3 Il m’apporte son soutien et son aide lorsque je dois porter des charges lourdes (transhumances, transports de matériel, récoltes…). Le poids porté à deux est donc réparti et c’est bien moins fatigant pour le corps !
Le quotidien d’un apiculteur : savoir s’adapter aux aléas !
Que ce soit en apiculture, ou dans n’importe quel métier agricole, il faut savoir s’adapter. Et oui ! Car les choses ne se passent pas toujours comme prévu (sinon ce sera trop beau !). Pour illustrer mon propos, voici un exemple parlant qui nous est arrivé pendant mon stage au GAEC Ty Askell.
Le jour où nous devions extraire le miel des hausses que nous avions ramenées en miellerie, un collègue apiculteur s’est arrêté devant la miellerie. Il transportait des ruches avec des colonies sur son pick-up. Cet apiculteur pro avait un souci et demandait du matériel en urgence. Il avait une fuite d’abeilles sur une de ses ruches. Une fois qu’il était parti, des milliers d’abeilles qui s’étaient échappées de sa ruche, virevoltaient autour de la miellerie. Elles étaient probablement attirées par les odeurs de miel. Il était alors impossible de procéder à l’extraction. Cela aurait impliqué des ouvertures et fermetures de la porte de la miellerie. Les abeilles seraient alors entrées à l’intérieur et il aurait été compliqué de travailler ainsi. L’extraction avait donc du être reportée au jour suivant, le temps que les abeilles partent.
Le BPREA : la porte vers le monde agricole
Après ce court stage d’une semaine, l’idée de me lancer professionnellement dans l’apiculture grandissait de plus en plus. Je me suis alors renseignée sur les étapes nécessaires pour faire de l’apiculture mon métier. Comme je n’avais pas d’expérience dans le monde agricole, il me fallait décrocher un diplôme. Le BPREA (Brevet Professionnel de Responsable d’Entreprise Agricole) qui me délivrerait l’autorisation de m’installer en tant qu’agricultrice (et donc apicultrice !).
Je me suis donc inscrite à une formation pour me former à l’apiculture professionnelle et décrocher le fameux « graal ». Pour pouvoir continuer à travailler à côté, j’ai choisi le BPREA multimodal du CFPPA de Lannemezan. Ils proposaient à ce moment un bloc “apiculture” (qui n’existe malheureusement plus aujourd’hui). Et “Multimodal”, signifie que c’était en grande partie en distanciel, ce qui me laissait le temps pour avoir un gagne-pain. Il y avait tout de même des rencontres en centre et des visites d’autres exploitations agricoles et apicoles.

J’ai pu ainsi suivre une formation complète sur le monde agricole en général, d’une part, avec des modules tels que :
- l’agrologie (l’étude des différents types de terres),
- la durabilité d’une exploitation agricole,
- le système vivant, etc.
D’autre part, j’ai pu travailler sur la construction de mon projet d’exploitation grâce aux modules :
- Analyse économique et financière,
- Les bases comptables (pas simples mais indispensables !),
- Organisation, planification et suivi administratif,
- Organisation du travail et RH
- Commercialiser,
- Négocier.
Et pour finir, grâce à ma super formatrice et apicultrice Auréline, j’ai pu approfondir mes connaissances et mes techniques apicoles au cours des modules suivants :
- Facteurs de production apicole,
- Technique de production en apiculture.
Avec Auréline, nous avons également visité plusieurs exploitations apicoles de différentes tailles. Elles avaient chacune leurs spécificités, comme la production d’hydromel ou de gelée royale. Lors de la visite de sa propre exploitation, Auréline nous a même initiés au greffage au picking pour faire de l’élevage de reines !



Se former en apiculture grâce aux stages
En outre, la validation du diplôme nécessitait de faire un stage de 280 heures chez un professionnel du métier. Après avoir fait passer mon CV à l’ADANA (Association de Développement de l’Apiculture en Nouvelle-Aquitaine), j’ai rencontré une famille d’apiculteurs : le GAEC Pedelaborde à Estialescq. J’ai eu la chance de pouvoir faire mon stage chez Christian, Josy et leur fille, Maé. Christian est le chef d’exploitation d’un cheptel d’environ 600 ruches en format Langstroth !
Aux ruchers, c’était avec Christian et Maé que j’ai beaucoup appris. Josy s’occupait principalement de la gestion du magasin, du marché et bien d’autres choses qui nous rendaient le travail plus agréable !
J’ai pu ainsi suivre la saison apicole des Pedelaborde, de l’hiver jusqu’au milieu du printemps (mon stage s’est terminé à la fin de la formation, en juin). J’ai eu l’occasion de voir et de participer aux tâches suivantes :
Les travaux apicoles d’hiver
- Le traitement d’hiver anti-varroa à l’acide oxalique par sublimation,
- La fonte de la cire d’opercule de la saison précédente.



Le suivi du développement des colonies de production
- Les visites de printemps,
- Le suivi de la ponte des reines,
- Le suivi de l’état sanitaire des colonies,
- Le nourrissement des colonies quand c’était nécessaire,
- L’extension de leur espace par ajout de cadres au fur et à mesure,
- Les visites anti-essaimage au printemps.
Les divisions des colonies d’abeilles
- L’élevage de reines avec la technique du picking,
- L’introduction de cellules royales et suivi du développement des divisions,
Le pollen
- La récolte du pollen sur les ruches,
- Le tri du pollen avec la trieuse à pollen mécanique,
- La déshydratation du pollen avec le séchoir à pollen,
- Le tri manuel et la mise en pots du pollen sec.

Le miel
- La pose des hausses quand c’était le bon moment,
- Le suivi du remplissage des hausses par les abeilles,
- La récolte des hausses d’acacia,
- Puis, en miellerie : la désoperculation et extraction avec la chaîne d’extraction mécanique (une machine assez impressionnante, je dois dire, mais le travail est tellement facilité et plus rapide !),
- L’étiquetage et la mise en pot grâce à une doseuse à miel mécanique.
Les travaux en atelier
Ensuite, les jours de mauvais temps, j’ai pu avoir un aperçu des petits travaux en atelier. Au programme : nettoyage et grattage du matériel pour enlever la cire et la propolis (cadres de hausse, hausses, ruches, ruchettes, etc…). Un travail fastidieux, mais obligatoire, qui fait partie du métier !
Le marché avec Josy
J’ai même eu la chance de pouvoir accompagner Josy au marché d’Oloron-Sainte-Marie, un vendredi matin de bonne heure. C’était une expérience très sympa en bonne compagnie ! Et c’était vraiment satisfaisant de pouvoir vendre de bons produits à une clientèle qui, pour la plupart, les connaissait déjà ! J’ai même pu papoter en anglais avec des touristes étrangers très sympathiques !
Participation au projet de sélection génétique NAPS
Maé fait partie du groupe de sélection génétique « Nouvelle Aquitaine Partage et Sélection » (NAPS). Grâce à elle, j’ai eu la chance de participer à une journée de collecte des données sur plusieurs souches de reines inséminées. Sur un rucher partagé, chacune des ruches a été ouverte, et, grâce à un cahier des charges précis, nous devions évaluer certains critères comme :
- la douceur des abeilles,
- les maladies du couvain,
- la proportion de réserves (miel / pollen),
- le nombre de varroas phorétiques (sur les abeilles) grâce à un test au sucre glace,
- l’aspect du couvain, etc.
Cette journée m’a permis, d’une part de découvrir le NAPS, et d’autre part d’arriver à voir, en un coup d’œil le potentiel d’une reine.

En bref, cette expérience chez les Pedelaborde a été vraiment très riche pour moi ! Les cours théoriques, c’est bien, mais de les voir mis en pratique sur le terrain, ou même de voir différentes techniques, c’est encore mieux pour se former à l’apiculture !
Outre le côté technique de l’apprentissage de l’apiculture, j’ai été ravie de rencontrer cette famille vraiment adorable et généreuse. En plus d’avoir été un des piliers de ma formation, ils m’ont permis de faire mes premiers tests d’hydromel (qui sont actuellement en cours de maturation !), grâce à leur miel de fleurs de printemps ! 😀 Un grand merci à eux pour tous ces moments de partage !
En bref : se former à l’apiculture est indispensable pour bien débuter !
Aujourd’hui, j’ai environ 35 ruches qui fonctionnent plutôt bien. Je continue de faire grandir ce cheptel en suivant le rythme des abeilles et des saisons. C’est grâce à ma formation et à mes différentes expériences, que j’ai pou me former en apiculture. J’ai pu ainsi rebondir suite à mes débuts assez chaotiques.
Pour faire le moins d’erreurs possibles, il est important de bien connaître l’anatomie de l’abeille et le mode de développement d’une colonie.
Donc, avant d’acquérir vos premières ruches, je vous conseille de vous former d’abord à l’apiculture pour pouvoir anticiper. Pour cela, vous pouvez :
- chercher un rucher-école près de chez vous,
- vous procurer des livres sur l’apiculture. Je recommande « Le Traité Rustica de l’Apiculture » (la bible !), mais il existe des centaines de livres et de magazines sur cette thématique.
- aller jeter un coup d’œil régulièrement à mes articles de blog. Vous y retrouverez les bases de l’apiculture, les erreurs à éviter et quelques conseils utiles !
Votre expérience apicole n’en sera que plus satisfaisante !

